Design to Cost : concilier sûreté et maîtrise des coûts
Le Design to Cost permet de concilier sûreté et maîtrise des coûts en repensant la conception et les processus industriels. David Williams, responsable commercial des activités nucléaires, et Jérôme Bridier, directeur technique nous en disent plus.
En quoi consiste précisément le Design to Cost dans le secteur nucléaire ?
David Williams : La sûreté nucléaire est non négociable car un accident aurait des conséquences désastreuses. Cela justifie l’existence de marges de sécurité importantes. Toutefois, ces exigences peuvent parfois entraîner des surcoûts. Le Design to Cost consiste à se poser la question : « Comment assurer la même sûreté, mais de manière plus intelligente et moins coûteuse ? »
Jérôme Bridier : En effet, revenir à l’essentiel ne veut pas dire baisser le niveau de sûreté, mais éliminer ce qui n’est pas indispensable. Pour exemple dans le secteur automobile, la fonction de base d’une voiture est de transporter des personnes, tout le reste (toit ouvrant, sièges chauffants…) est optionnel. Dans le nucléaire, nous travaillons sur une approche similaire : distinguer ce qui relève du besoin fondamental de ce qui est de l’ordre du « confort ».
D.W. : Dans le design to cost, il faut inverser la logique classique : au lieu de partir d’une liste d’exigences techniques, on commence par définir un objectif de coût. Ensuite, on se demande pour chaque exigence : « Est-ce vraiment indispensable à la sûreté ? » Si la réponse est non, l’option est écartée. Chez SEGULA, nous parlons parfois de Design to Minimum Requirement. Cette méthode, partagée à l’échelle d’une filière entière, peut générer des économies importantes.
J.B. : Cela nécessite de prendre en compte en amont, tout le cycle de vie d’une installation : sa construction, son exploitation, son démantèlement et même sa dépendance aux ressources. Intégrer ces dimensions économiques dès le départ permet une bien meilleure optimisation des coûts.
Cette approche se retrouve-t-elle dans d’autres filières comme l’automobile ou l’aéronautique ?
J.B. : Oui, dans l’aéronautique par exemple, les avions sont conçus pour être à la fois très sûrs et économiquement viables, grâce à la standardisation des pièces ou à la duplication ciblée des systèmes critiques. Dans le nucléaire, la même logique peut aider à simplifier l’intégration des équipements, réduire l’espace nécessaire aux installations et limiter les surcoûts, tout en respectant toutes les règles de sûreté.
D.W. : Notre force chez SEGULA, est d’avoir une expérience dans plusieurs industries à la fois : automobile, aéronautique et énergie. Cela nous permet de transférer les meilleures pratiques d’un secteur à l’autre.
Quel avenir pour le design to cost ?
J.B. : L’essor des réacteurs modulaires (SMR) s’inscrit dans cette logique de Design to Cost. Leur principe est simple : au lieu de mettre en place un réacteur unique de forte puissance avec une architecture réseau adaptée, on conçoit plusieurs petits modules que l’on installe au plus proche des consommateurs, construits en usine, puis assemblés sur site. Cela réduit les coûts de construction, simplifie la maintenance et garde un très haut niveau de sureté, car chaque module est conçu pour s’arrêter automatiquement en cas de problème.”
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